Journal de confinement (jour 2)

Ma rue en période de confinement

J’ai connu un gars qui était gardien de phare : François Jouas-Poutrel. Il était gardien aux Roches-Douvres, un phare loin de tout entre Bréhat et Guernesey. Il m’a raconté qu’au phare il fallait tout faire avec lenteur et application : le nettoyage (constant), la cuisine, la pêche, l’observation de l’océan, les travaux de peinture, les relevés météo, les vacations radio avec le continent, la surveillance et le maintien en bon état de marche du phare et de la lentille. Le mieux était d’éviter les conversations pouvant être polémique avec le partenaire au phare (ils étaient toujours deux). Il passait, paraît-il, des heures à contempler la mer, à noter le passage des bateaux au loin, à observer les menus changements d’aspect de la surface de l’océan. En plus François est peintre et dessinateur et il passait beaucoup de temps à peindre. Et ce, pendant quinze jours de rang (au moins, en cas de mauvais temps il arrivait qu’ils ne puissent pas être relayés à l’issue de leur garde).

En ce moment nous ferions bien d’appliquer les pratiques des gardiens de phare.

Finalement, je n’ai pas eu à sortir pour acheter du pain, j’ai un boulanger qui passe en camionnette en vendre chaque jour, devant chez moi !

Ce matin il y avait beaucoup de circulation sur la quatre-voies, sur la rive gauche de la Maine. Mais mon quartier est bien calme.

Ne nous faisons pas d’illusion, à mon avis le confinement est là pour durer bien plus qu’une quinzaine de jours. Ce que la plupart d’entre nous n’ont probablement pas encore réalisé est que l’épidémie ne va pas se calmer en quinze jours, il va falloir au moins un mois pour constater les premiers résultats et probablement deux autres mois pour fléchir franchement. Il est largement admis que chaque pays doit « aplatir la courbe »: c’est à dire imposer que nous ayons le moins de contacts possibles pour ralentir la propagation du virus afin que le nombre de personnes malades à la fois ne cause pas la saturation du système de santé et que nous ayons moins de mortalité par défaut de soins. Mais aussi il est admis que la pandémie doit durer, à un faible niveau, jusqu’à ce que suffisamment de personnes aient eu le temps de contacter le virus et d’en être guéri ou qu’il y ait un vaccin. C’est ainsi qu’on construira une immunité de masse qui nous protégera du virus. Le confinement permettra d’aplatir la courbe et d’éviter des morts, mais il ralentira la constitution de l’immunité de masse. Donc le confinement va durer, à mon avis jusqu’à l’été, autant s’y préparer.