Journal de confinement (jour 5)

Eglise St Bartholomew, Park Avenue, New York

Je suis sorti pour aller acheter des vivres, le SuperU ne pouvant pas me livrer avant jeudi prochain. Les rues sont vides, les trams sont vides, les angevins respectent le confinement. Trois joggeurs sur les bords de Maine. Quatre personnes croisées (à plus d’un mètre) en tout. Au Carrefour City très peu de monde, les distances sont bien respectées, la caissière bien protégée. Le rayon viande est en partie vide, ainsi que le rayon des sauces (je suppose que c’est à cause de la consommation supérieure à la normale de pâtes). Pas de pénurie dans les autres rayons. Je dois dire que mon coin de ville plus vide d’humains qu’un dimanche d’hiver est sinistre, comme si tout le monde était mort ou parti d’un seul coup, et le temps gris n’arrange rien. Je me suis lavé soigneusement les mains en rentrant avant de toucher la moindre chose. J’avais mon attestation sur moi mais je n’ai pas été contrôlé. Je n’était pas sorti et n’avais eu aucun contact humain depuis une semaine.

Vous le savez peut-être, chers lecteurs, dans la vraie vie je fais de la géographie criminelle, c’est à dire que je fais des études statistiques et géographiques sur les phénomènes criminels dans le temps et l’espace. Je fais des visualisations cartographiques de ces phénomènes pour aider à les comprendre et aussi à les prévoir. Je fais ce travail depuis douze ans déjà et donc je commence à avoir pas mal d’expérience dans le domaine, expérience que j’aie enrichie par la lecture de très nombreux livres et articles scientifiques ainsi que par une formation au profilage géographique acquise à University College London (UCL) au Jill Dando Institude for Crime Science (JDICS).

En géographie criminelle nous appliquons presque exclusivement les principes et théories de la criminologie environnementale (qui n’est pas l’étude des crimes contre l’environnement mais plutôt l’étude de l’environnement des crimes). Il faut savoir qu’il y a plusieurs domaines ou écoles de criminologie. En France c’est surtout la criminologie dite classique que l’on enseigne et étudie, c’est à dire les facteurs sociaux et psychologiques qui amènent au crime. En criminologie environnementale, étudiée dans les pays anglophones, ces facteurs nous intéressent peu, ce sont les circonstances et les patterns des actes criminels que nous étudions ainsi que le comportement des individus qui commettent ces actes. C’est pourquoi on dit que le criminologie environnementale est un ensemble de théories de l’acte criminel et non du criminel.

Ainsi le principe de base est le « triangle criminel ». Pour qu’il y ait un crime (et par ce mot nous entendons tout type de criminalité, pas seulement les crimes au sens pénal du terme en France), il faut que trois facteurs soient réunis. Un criminel potentiel et décidé à commettre une malveillance, une cible convoitée et vulnérable par ce criminel et un lieu et circonstances propices à la commission de ce crime. On peut résumer cela par une image : pour qu’il y ait un vol de poules il faut un renard affamé (le criminel potentiel), une ou plusieurs poules (la cible) mal protégées des renards et l’absence du propriétaire des poules auprès de son poulailler (le lieu et circonstance favorable).

A partir de cette théorie s’en enchaînent d’autres que nous expliquerons dans les prochains billets.