Morosité

Les jours passent et se ressemblent au point qu’on n’arrive plus à les distinguer. Souvent je me demande quel jour on est : il faut que je le sache et que je suive un peu parce que je télé-travaille encore deux jours par semaine (avec les jours fériés, ceux de chômage partiel et les congés pris de façon obligatoire). Difficile d’être productif en travaillant deux jours par semaine (et deux jours qui ne se suivent pas en plus). Il y a de fortes chances que le télétravail continue après le 11 mai, c’est ce qu’à dit hier soir le Premier Ministre. Surtout que je demeure très loin de Paris et que les TGV ne seront pas tous remis en service du jour au lendemain, sans compter les risques pris à prendre le train plus le métro.

J’ai fait la commande d’une tondeuse. Je n’en peux plus de mes cheveux longs, je ne pourrais pas attendre la mi-mai (ou même plus) pour les faire couper.

Je suis sorti pour aller faire des courses au Carrefour City pas loin de chez moi. Pour aller faire mes courses je prends un raccourcis qui me fait traverser une partie du CHU. Pour ajouter au décor post-apocalyptique de la ville, vidée, semble-t-il, de ses habitants, le CHU a monté de grandes tentes blanches destinées au dépistage du COVID-19. Autour de ces tentes gravitent des gens en tenues NRBC (ou presque). Avec la pluie là-dessus et la brume au-dessus des prés bas de la Maine il est facile d’avoir le bourdon.

En ce moment il est difficile de penser sereinement à l’avenir. On pourrait se contenter de vivre pleinement l’instant comme un moine zen, mais la somme de toutes les peurs est quasiment insoutenable.

Vie de confiné

Life in wartime !

Rien de neuf en ce qui concerne le confinement. J’ai supprimé un billet que j’avais écrit sur la criminologie environnementale parce que je le trouvais trop académique, dénué d’humour, bref il ne me plaisait pas. En plus je n’ai pas envie que ce blog devienne un blog sur la criminologie mais reste un blog éclectique. Donc je reviendrai sur ce sujet mais pour le moment j’ai envie de parler d’autre chose (et le travail rémunérateur qui porte en général sur la criminologie environnementale et que j’exerce en télétravail, lui ne cesse pas, ce qui me donne moins envie d’en parler ici).

C’est au moment où je ne peux plus sortir de chez moi que me prend l’envie de faire des photos. Donc en attendant de pouvoir en faire dehors, j’en fais de chez moi, j’ai intitulé cette série « life in wartime » (la vie en temps de guerre) !

Je supporte très bien le confinement. Aucune anxiété et même bonne humeur. Il faut dire que je ne suis pas à plaindre : le confinement ne me change pas beaucoup de mes habitudes, je suis assez reclus de nature. Ce qui me manque un peu, mais pas beaucoup, c’est de ne plus pouvoir aller marcher dans les rues ou dans la nature, ne plus pouvoir aller boire une bière dans un de mes bars favoris aussi. J’ai cessé complètement d’aller au restaurant il y a plus d’un an déjà, donc ça ne me manque pas. Je ne vais jamais au cinéma en temps normal et j’ai assez peu de vie sociale (en dehors du travail et d’Internet). Je n’achète plus de livres en librairie depuis longtemps, donc cette occupation : passer des heures dans une librairie, ne me manque pas non plus. Je fais attention à ne pas me laisser aller, je me douche et je m’habille le matin, je fais le ménage assez souvent et à fond. Comme il fait beau depuis plusieurs jours, je m’offre une demie-heure, une heure d’exposition au soleil sur mon balcon, tous les jours. C’est inouï ce que ma vie a changé, d’ailleurs, depuis que je vis à Angers ! Et j’en suis content.

Le COVID 19 est souvent asymptomatique, dit-on. J’espère que si je l’attrape j’aurai une forme asymptomatique parce que ce que j’entends ou que je lis des symptômes me font penser que ce virus est une saloperie et que les symptômes, même s’ils ne vous conduisent pas aux Urgences et aux Soins Intensifs, sont extrêmement inconfortables (comme disent les médecins).

Ceci dit si j’en crois les modèles statistiques (et croyez-moi, je ne cesse de les observer) nous auront bientôt atteint le sommet de la courbe de contagion et le sommet de la courbe des décès. Après ça, ça va redescendre doucement et puis disparaître. D’après ce que je vois le pic sera atteint vers le 12 avril. Je pense donc que nous serons en confinement jusqu’à la fin mai et qu’après ça le confinement sera levé progressivement.

Inquiétudes (jour 8)

Angers, voies du tramway à St Serge.

Nous n’avons jamais eu une crise de cette ampleur. Un mois de confinement c’est à peu près 2% de PIB en moins. Deux mois de confinement : 4%. Le conseil scientifique du président a déclaré ce soir que le confinement devra durer six semaines à compter de son lancement, soit jusqu’à la fin avril. Je pense que c’est un minimum. Je ne serais pas étonné que ça dure jusqu’à la mi-mai (soit donc deux mois). Bref, on va se retrouver avec une récession telle qu’on n’en a pas vu depuis la deuxième guerre mondiale.

Comment les gens vont supporter le confinement pendant deux mois ? Deux mois dans un trente mètres carrés avec les mômes, sans pouvoir sortir, vous voyez ça ? Il va y avoir des meurtres ou des suicides ou tout simplement les gens vont finir par craquer.

Pour la première fois j’ai été un peu stressé aujourd’hui. L’ambiance n’aide pas : mon immeuble est si parfaitement tranquille qu’on le dirait inhabité. On ne voit personne dans la rue. En plus je suis inquiet pour certains membres de ma famille ou pour mes amis américains.

L’Etat de New York est à peu près dans le même cas que nous en ce qui concerne le nombre de contaminés et la croissance de ce nombre et du nombre de décès. Heureusement le gouverneur de cet Etat est dans une démarche volontariste.

Car c’est un peu surprenant mais la situation aux Etats-Unis est bien pire que la nôtre. Leur système de santé publique est beaucoup plus fragile que le nôtre et surtout extrêmement coûteux pour les malades qui n’ont pas de couverture santé. Une personne sans assurance peut se retrouver facilement avec une dette telle qu’il fasse une faillite personnelle et se retrouve à la rue ! En plus les gens n’ont presque aucun filet de sécurité en cas de crises comme celles que nous connaissons aujourd’hui. Aujourd’hui en France nous pouvons être en chômage technique et être indemnisé et nous sommes tous couverts par la sécurité sociale en cas de besoin. Aux Etats-Unis c’est plus compliqué.Par ailleurs Trump fait n’importe quoi et déclare n’importe quoi tant il a peur que la crise économique qui résultera lui coûte sa réélection. Il voudrait renvoyer les gens au travail le plus vite possible et il relativise constamment les conséquences sanitaires de l’épidémie. Il va se retrouver en contradiction avec ses responsables des agences de santé publique et avec les gouverneurs des Etats les plus touchés.

Vacanfinement (jours 6 et 7)

River Drive, Los Angeles, Californie, USA – Image Google extraite par Waldo Kanto.

A un moment aussi tendu la plupart des gens qui ne savent pas devraient taire leur opinion, parce qu’une opinion n’est rien que cela : une opinion, parmi tant d’autres et pas plus valable qu’une autre dans la mesure où l’on n’est pas médecin, virologue ou compétent d’une manière ou d’une autre. Il faut absolument que chacun reste dans sa sphère de compétence.

Je ne suis pas sorti de chez moi ni hier (dimanche) ni aujourd’hui. Ce n’est pas pénible du tout et je ne manque de rien. Je suis atterré par la lecture de quelques journaux de confinement de célébrités réfugiées dans leurs résidences secondaires. Donc je n’ai plus envie d’appeler ces chroniques de journal de confinement. Donnons leur un titre plus neutre.

Voilà pour le Corona ! Reprenons notre petite initiation à la criminologie environnementale.

Donc nous partons du triangle pour distinguer les trois axes sur lesquels pourront porter les actions contre la criminalité.

Le premier côté du triangle est celui du criminel potentiel. Plutôt que d’essayer de comprendre ce qui l’a amené à devenir ce qu’il est et ce qui le motive, nous nous attacherons à comprendre comment il agit et sur quoi (ou qui) nous pouvons agir pour le dissuader. Le second côté du triangle est celui de la cible. Il nous faudra essayer de comprendre ce qui la rend sujet de convoitise, comment elle se comporte et comment pouvons nous la protéger. Le troisième côté du triangle est celui du lieu et du contexte. Il s’agit pour nous de comprendre ce qui rend ce lieu propice à la commission d’un crime, quel contexte (par exemple l’absence de gardien) est favorable à la commission d’une délinquance.

C’est une approche pragmatique de la criminalité, centrée sur l’acte criminel lui-même dont il nous faut analyser tous les aspects. On s’intéresse uniquement à ce contre quoi on peut faire quelque chose. Exemple : si on ne peut pas faire grand chose (au niveau où on se situe) pour améliorer les conditions psychologiques ou socio-économiques dans lesquelles évolue le délinquant potentiel autant se concentrer sur ce sur quoi on a la main, comme durcir l’accès aux cibles qu’il convoite, changer la disposition de ses lieux favoris d’action, etc. Il nous faut construire des modèles d’action du criminel pour prévoir où et quand il a les plus grandes probabilités d’agir.

Mais j’ai peur que votre patience s’use (comme dirait quelqu’un d’autre) et je continuerai sur ce sujet dans de prochains billets.

Journal de confinement (jour 5)

Eglise St Bartholomew, Park Avenue, New York

Je suis sorti pour aller acheter des vivres, le SuperU ne pouvant pas me livrer avant jeudi prochain. Les rues sont vides, les trams sont vides, les angevins respectent le confinement. Trois joggeurs sur les bords de Maine. Quatre personnes croisées (à plus d’un mètre) en tout. Au Carrefour City très peu de monde, les distances sont bien respectées, la caissière bien protégée. Le rayon viande est en partie vide, ainsi que le rayon des sauces (je suppose que c’est à cause de la consommation supérieure à la normale de pâtes). Pas de pénurie dans les autres rayons. Je dois dire que mon coin de ville plus vide d’humains qu’un dimanche d’hiver est sinistre, comme si tout le monde était mort ou parti d’un seul coup, et le temps gris n’arrange rien. Je me suis lavé soigneusement les mains en rentrant avant de toucher la moindre chose. J’avais mon attestation sur moi mais je n’ai pas été contrôlé. Je n’était pas sorti et n’avais eu aucun contact humain depuis une semaine.

Vous le savez peut-être, chers lecteurs, dans la vraie vie je fais de la géographie criminelle, c’est à dire que je fais des études statistiques et géographiques sur les phénomènes criminels dans le temps et l’espace. Je fais des visualisations cartographiques de ces phénomènes pour aider à les comprendre et aussi à les prévoir. Je fais ce travail depuis douze ans déjà et donc je commence à avoir pas mal d’expérience dans le domaine, expérience que j’aie enrichie par la lecture de très nombreux livres et articles scientifiques ainsi que par une formation au profilage géographique acquise à University College London (UCL) au Jill Dando Institude for Crime Science (JDICS).

En géographie criminelle nous appliquons presque exclusivement les principes et théories de la criminologie environnementale (qui n’est pas l’étude des crimes contre l’environnement mais plutôt l’étude de l’environnement des crimes). Il faut savoir qu’il y a plusieurs domaines ou écoles de criminologie. En France c’est surtout la criminologie dite classique que l’on enseigne et étudie, c’est à dire les facteurs sociaux et psychologiques qui amènent au crime. En criminologie environnementale, étudiée dans les pays anglophones, ces facteurs nous intéressent peu, ce sont les circonstances et les patterns des actes criminels que nous étudions ainsi que le comportement des individus qui commettent ces actes. C’est pourquoi on dit que le criminologie environnementale est un ensemble de théories de l’acte criminel et non du criminel.

Ainsi le principe de base est le « triangle criminel ». Pour qu’il y ait un crime (et par ce mot nous entendons tout type de criminalité, pas seulement les crimes au sens pénal du terme en France), il faut que trois facteurs soient réunis. Un criminel potentiel et décidé à commettre une malveillance, une cible convoitée et vulnérable par ce criminel et un lieu et circonstances propices à la commission de ce crime. On peut résumer cela par une image : pour qu’il y ait un vol de poules il faut un renard affamé (le criminel potentiel), une ou plusieurs poules (la cible) mal protégées des renards et l’absence du propriétaire des poules auprès de son poulailler (le lieu et circonstance favorable).

A partir de cette théorie s’en enchaînent d’autres que nous expliquerons dans les prochains billets.

Journal de confinement (jour 4)

Image d’avant la grande pandémie.

La totalité des blogs que je suis et tous les media sont maintenant en mode « full coronavirus ». Ma « timeline » Facebook ne parle plus que de cela. J’ai fait du ménage sur Twitter pour ne plus voir d’insanités mais quand bien même il en arrive encore. Ma diète d’information me fait le plus grand bien, je vous conseille de faire de même.

J’ai écrit un billet il y a deux jours sur les Glénans, plutôt critique. Donc il faut que je modère un peu. Les Glénans étaient et sont encore la meilleure école de voile de France. Une école qui était un peu « à la dure » en 1974, l’année où j’ai fait un stage, mais qui doit avoir bien changé de nos jours, l’époque n’est plus la même. Et de toute façon ces méthodes un peu rudes ont fait beaucoup pour la réputation de sérieux de cette école de voile. Il y a maintenant des centres un peu partout mais le seul centre « historique » est situé sur les îles des Glénans au large de Concarneau. Un petit archipel d’îles d’une beauté sauvage avec très peu d’équivalent. Le Club est implanté sur trois de ces îles : Penfret, Drenec et Fort Cigogne. Sur Penfret il y a plusieurs camps. La vie sur les îles est un peu spartiate (moins maintenant) mais ça fait des souvenirs impérissables de vie en commun, d’amitiés et de joies de naviguer sur un bateau à voile, en toute sécurité. Le livre qu’on appelle, entre ancien glénanais, la Bible des Glénans (en fait le Manuel de navigation des Glénans) est le meilleur manuel de navigation qu’on puisse trouver. Ses pages sur la météo en particulier sont remarquables.

Journal de confinement (jour 1)

La Maine à Angers (2020)

Soudain, à un peu plus de midi, plus aucun bruit de ville. Le calme complet. Un calme étrange et un peu flippant. Un silence comme à la campagne. Plus de bruit venant de la quatre-voies sur la rive de la Maine en face, plus de bruits venant des habitants de la rue, plus de passages de vélos ni de piétons, plus de bruit du tram dans le lointain. Et puis un peu plus tard quelques cris de mouettes, le grincement familier des pies qui nichent dans les platanes au bord de la Maine. C’est tout.

Je ne suis pas sorti de chez moi, mettant mon compteur de contact à 0 pour aujourd’hui. Quelques bavardages avec mes collègues sur Skype (tout le monde est en télétravail à domicile) et un peu de travail quand même.

En fin de journée grand beau temps. Un peu envie de sortir pour aller au bord de la rivière prendre un peu l’air.

Demain il faudra que je sorte pour aller à la boulangerie acheter du pain. A cet effet j’ai rempli ma première attestation de déplacement sur mon iPad avec l’application Document. Si je me fais contrôler je sortirai mon iPad pour montrer mon attestation.

Aucun signes grippaux.