La loi du moindre effort

Pêcheurs dans la brume sur la Maine.

Continuons notre petite initiation à la criminologie environnementale.

La loi du moindre effort est bien connue et les criminels n’y échappent pas. Ainsi les chercheurs ont déterminé que la fréquence des crimes diminuait avec la distance par rapport au domicile des criminels.

C’est une règle qui se vérifie souvent : les criminels vont chercher leurs cibles le moins loin possible de leur point de départ. Moins d’effort, moins de route à faire… Mais pas tout proche tout de même car c’est prendre le risque d’être reconnu. Si vous voulez, par exemple, voler les sacs à main des vieilles dames, mieux vaut aller dans le quartier d’à côté où vous aurez moins de chances de tomber sur votre voisine d’en face, mais pas à l’autre bout de la ville quand même, d’abord parce que vous ne connaissez pas bien ces lieux (vous y allez rarement, vous y êtes en dehors de votre « zone de confort ») et parce que vous ne voulez pas faire plus d’efforts qu’il n’en faut. Attention ! Certains criminel ont des terrains de chasse (si j’ose dire) à dessein très éloignés de leur domicile, justement pour troubler les pistes. Je me souviens par exemple de voleurs de cuivre qui agissaient à trois cent kilomètres de leur domicile (mais les receleurs à qui ils refourgaient la marchandise étaient proches de chez eux, petite faiblesse de leur système). Disons qu’en général votre délinquant lambda agit en général à proximité de chez lui et surtout dans des lieux qu’il connait bien.

Cette règle, qui a des exceptions, est très utile pour identifier les malfaisants. Par exemple : vous avez des cambriolages en série à un endroit, en mettant des punaises sur la carte à chaque cambriolage vous pouvez déterminer le terrain de chasse préféré de votre cambrioleur et en déduire son point de départ. C’est ce que je fais assez souvent, mais avec un ordinateur et un logiciel de cartographie, c’est plus sophistiqué qu’avec des punaises et une carte Michelin, mais c’est le même principe ! C’est très utile quand on s’attaque à ce qu’on appelle pudiquement « la délinquance itinérante », c’est à dire aux vols commis par les nomades : parfois on peut suivre à la trace leurs déplacements sur une année, de petits nuages de points en petits nuages de points sur la carte d’une région de notre beau pays.

Le point de départ n’est pas forcément le domicile du délinquant, ça peut être son lieu de travail, son campement, le logis de sa maman ou de sa petite amie, une aire d’autoroute où il a ses habitudes, en tout cas toujours ou presque une zone qu’il connait bien et où il sait pouvoir trouver les objets de sa convoitise en nombre suffisant pour lui permettre de choisir la plus vulnérable.

Pour trouver ces cibles le criminel utilise un certain nombre de stratégies que, vous pensez bien, les chercheurs en criminologie environnementale, se sont employés à modéliser. Mais nous verrons ces modèles la prochaine fois.

Inquiétudes (jour 8)

Angers, voies du tramway à St Serge.

Nous n’avons jamais eu une crise de cette ampleur. Un mois de confinement c’est à peu près 2% de PIB en moins. Deux mois de confinement : 4%. Le conseil scientifique du président a déclaré ce soir que le confinement devra durer six semaines à compter de son lancement, soit jusqu’à la fin avril. Je pense que c’est un minimum. Je ne serais pas étonné que ça dure jusqu’à la mi-mai (soit donc deux mois). Bref, on va se retrouver avec une récession telle qu’on n’en a pas vu depuis la deuxième guerre mondiale.

Comment les gens vont supporter le confinement pendant deux mois ? Deux mois dans un trente mètres carrés avec les mômes, sans pouvoir sortir, vous voyez ça ? Il va y avoir des meurtres ou des suicides ou tout simplement les gens vont finir par craquer.

Pour la première fois j’ai été un peu stressé aujourd’hui. L’ambiance n’aide pas : mon immeuble est si parfaitement tranquille qu’on le dirait inhabité. On ne voit personne dans la rue. En plus je suis inquiet pour certains membres de ma famille ou pour mes amis américains.

L’Etat de New York est à peu près dans le même cas que nous en ce qui concerne le nombre de contaminés et la croissance de ce nombre et du nombre de décès. Heureusement le gouverneur de cet Etat est dans une démarche volontariste.

Car c’est un peu surprenant mais la situation aux Etats-Unis est bien pire que la nôtre. Leur système de santé publique est beaucoup plus fragile que le nôtre et surtout extrêmement coûteux pour les malades qui n’ont pas de couverture santé. Une personne sans assurance peut se retrouver facilement avec une dette telle qu’il fasse une faillite personnelle et se retrouve à la rue ! En plus les gens n’ont presque aucun filet de sécurité en cas de crises comme celles que nous connaissons aujourd’hui. Aujourd’hui en France nous pouvons être en chômage technique et être indemnisé et nous sommes tous couverts par la sécurité sociale en cas de besoin. Aux Etats-Unis c’est plus compliqué.Par ailleurs Trump fait n’importe quoi et déclare n’importe quoi tant il a peur que la crise économique qui résultera lui coûte sa réélection. Il voudrait renvoyer les gens au travail le plus vite possible et il relativise constamment les conséquences sanitaires de l’épidémie. Il va se retrouver en contradiction avec ses responsables des agences de santé publique et avec les gouverneurs des Etats les plus touchés.

Vacanfinement (jours 6 et 7)

River Drive, Los Angeles, Californie, USA – Image Google extraite par Waldo Kanto.

A un moment aussi tendu la plupart des gens qui ne savent pas devraient taire leur opinion, parce qu’une opinion n’est rien que cela : une opinion, parmi tant d’autres et pas plus valable qu’une autre dans la mesure où l’on n’est pas médecin, virologue ou compétent d’une manière ou d’une autre. Il faut absolument que chacun reste dans sa sphère de compétence.

Je ne suis pas sorti de chez moi ni hier (dimanche) ni aujourd’hui. Ce n’est pas pénible du tout et je ne manque de rien. Je suis atterré par la lecture de quelques journaux de confinement de célébrités réfugiées dans leurs résidences secondaires. Donc je n’ai plus envie d’appeler ces chroniques de journal de confinement. Donnons leur un titre plus neutre.

Voilà pour le Corona ! Reprenons notre petite initiation à la criminologie environnementale.

Donc nous partons du triangle pour distinguer les trois axes sur lesquels pourront porter les actions contre la criminalité.

Le premier côté du triangle est celui du criminel potentiel. Plutôt que d’essayer de comprendre ce qui l’a amené à devenir ce qu’il est et ce qui le motive, nous nous attacherons à comprendre comment il agit et sur quoi (ou qui) nous pouvons agir pour le dissuader. Le second côté du triangle est celui de la cible. Il nous faudra essayer de comprendre ce qui la rend sujet de convoitise, comment elle se comporte et comment pouvons nous la protéger. Le troisième côté du triangle est celui du lieu et du contexte. Il s’agit pour nous de comprendre ce qui rend ce lieu propice à la commission d’un crime, quel contexte (par exemple l’absence de gardien) est favorable à la commission d’une délinquance.

C’est une approche pragmatique de la criminalité, centrée sur l’acte criminel lui-même dont il nous faut analyser tous les aspects. On s’intéresse uniquement à ce contre quoi on peut faire quelque chose. Exemple : si on ne peut pas faire grand chose (au niveau où on se situe) pour améliorer les conditions psychologiques ou socio-économiques dans lesquelles évolue le délinquant potentiel autant se concentrer sur ce sur quoi on a la main, comme durcir l’accès aux cibles qu’il convoite, changer la disposition de ses lieux favoris d’action, etc. Il nous faut construire des modèles d’action du criminel pour prévoir où et quand il a les plus grandes probabilités d’agir.

Mais j’ai peur que votre patience s’use (comme dirait quelqu’un d’autre) et je continuerai sur ce sujet dans de prochains billets.

Journal de confinement (jour 5)

Eglise St Bartholomew, Park Avenue, New York

Je suis sorti pour aller acheter des vivres, le SuperU ne pouvant pas me livrer avant jeudi prochain. Les rues sont vides, les trams sont vides, les angevins respectent le confinement. Trois joggeurs sur les bords de Maine. Quatre personnes croisées (à plus d’un mètre) en tout. Au Carrefour City très peu de monde, les distances sont bien respectées, la caissière bien protégée. Le rayon viande est en partie vide, ainsi que le rayon des sauces (je suppose que c’est à cause de la consommation supérieure à la normale de pâtes). Pas de pénurie dans les autres rayons. Je dois dire que mon coin de ville plus vide d’humains qu’un dimanche d’hiver est sinistre, comme si tout le monde était mort ou parti d’un seul coup, et le temps gris n’arrange rien. Je me suis lavé soigneusement les mains en rentrant avant de toucher la moindre chose. J’avais mon attestation sur moi mais je n’ai pas été contrôlé. Je n’était pas sorti et n’avais eu aucun contact humain depuis une semaine.

Vous le savez peut-être, chers lecteurs, dans la vraie vie je fais de la géographie criminelle, c’est à dire que je fais des études statistiques et géographiques sur les phénomènes criminels dans le temps et l’espace. Je fais des visualisations cartographiques de ces phénomènes pour aider à les comprendre et aussi à les prévoir. Je fais ce travail depuis douze ans déjà et donc je commence à avoir pas mal d’expérience dans le domaine, expérience que j’aie enrichie par la lecture de très nombreux livres et articles scientifiques ainsi que par une formation au profilage géographique acquise à University College London (UCL) au Jill Dando Institude for Crime Science (JDICS).

En géographie criminelle nous appliquons presque exclusivement les principes et théories de la criminologie environnementale (qui n’est pas l’étude des crimes contre l’environnement mais plutôt l’étude de l’environnement des crimes). Il faut savoir qu’il y a plusieurs domaines ou écoles de criminologie. En France c’est surtout la criminologie dite classique que l’on enseigne et étudie, c’est à dire les facteurs sociaux et psychologiques qui amènent au crime. En criminologie environnementale, étudiée dans les pays anglophones, ces facteurs nous intéressent peu, ce sont les circonstances et les patterns des actes criminels que nous étudions ainsi que le comportement des individus qui commettent ces actes. C’est pourquoi on dit que le criminologie environnementale est un ensemble de théories de l’acte criminel et non du criminel.

Ainsi le principe de base est le « triangle criminel ». Pour qu’il y ait un crime (et par ce mot nous entendons tout type de criminalité, pas seulement les crimes au sens pénal du terme en France), il faut que trois facteurs soient réunis. Un criminel potentiel et décidé à commettre une malveillance, une cible convoitée et vulnérable par ce criminel et un lieu et circonstances propices à la commission de ce crime. On peut résumer cela par une image : pour qu’il y ait un vol de poules il faut un renard affamé (le criminel potentiel), une ou plusieurs poules (la cible) mal protégées des renards et l’absence du propriétaire des poules auprès de son poulailler (le lieu et circonstance favorable).

A partir de cette théorie s’en enchaînent d’autres que nous expliquerons dans les prochains billets.

Journal de confinement (jour 4)

Image d’avant la grande pandémie.

La totalité des blogs que je suis et tous les media sont maintenant en mode « full coronavirus ». Ma « timeline » Facebook ne parle plus que de cela. J’ai fait du ménage sur Twitter pour ne plus voir d’insanités mais quand bien même il en arrive encore. Ma diète d’information me fait le plus grand bien, je vous conseille de faire de même.

J’ai écrit un billet il y a deux jours sur les Glénans, plutôt critique. Donc il faut que je modère un peu. Les Glénans étaient et sont encore la meilleure école de voile de France. Une école qui était un peu « à la dure » en 1974, l’année où j’ai fait un stage, mais qui doit avoir bien changé de nos jours, l’époque n’est plus la même. Et de toute façon ces méthodes un peu rudes ont fait beaucoup pour la réputation de sérieux de cette école de voile. Il y a maintenant des centres un peu partout mais le seul centre « historique » est situé sur les îles des Glénans au large de Concarneau. Un petit archipel d’îles d’une beauté sauvage avec très peu d’équivalent. Le Club est implanté sur trois de ces îles : Penfret, Drenec et Fort Cigogne. Sur Penfret il y a plusieurs camps. La vie sur les îles est un peu spartiate (moins maintenant) mais ça fait des souvenirs impérissables de vie en commun, d’amitiés et de joies de naviguer sur un bateau à voile, en toute sécurité. Le livre qu’on appelle, entre ancien glénanais, la Bible des Glénans (en fait le Manuel de navigation des Glénans) est le meilleur manuel de navigation qu’on puisse trouver. Ses pages sur la météo en particulier sont remarquables.

Journal de confinement (jour 3)

Le Croë, la ria du Conquet (29) à marée basse

Je ne regarde plus les chaînes d’info. Je ne supporte plus ce défilé d’invités non médecins qui ont un avis sur tout. Le seul signal sur le virus vient des médecins et des scientifiques, le reste c’est du bruit et du bruit nocif. Je ne supporte plus les malveillants, les malfaisants, les « moi je », les « le problème c’est », restez chez vous et fermez là.

Un autre gardien de phare que j’ai connu c’est Jean-Pierre Abraham. C’était aussi un écrivain talentueux qui a publié quelques livres (comme Armen, son journal de gardien de phare au phare d’Armen au large de l’île de Sein) et surtout c’est lui le rédacteur anonyme du cours de navigation des Glénans (pour les premières éditions de ce qu’on appelle la Bible des Glénans).

Les îles des Glénans forment un petit archipel au large de Concarneau. L’île principale le Loch est habitée une partie de l’année, les autres îles hébergent en saison le Club nautique des Glénans. Les conditions de vie y étaient assez rudes et, bien que les stages ne soient pas donnés, il y régnait une éthique de vie qui peut-être résumée par le dicton (bien souvent répété par les encadrants) : « tu as payé pour en chier, tu vas en avoir pour ton argent ».

Pour donner une idée de la vie dans les stages « aux îles » comme on disait il faut dire qu’une partie des stagiaires étaient logés dans des tentes dortoirs (seuls les stagiaires sur l’île Cigogne et ceux de Penfret Village disposaient de dortoirs en dur). Il n’y avait que l’eau de pluie pour se laver et faire la cuisine (autant dire que l’eau était très rationnée), pour la boisson du cidre arrivait en tonneaux jetés à la mer devant la plage par les bateaux de ravitaillement dits « les Liaisons ». Les tonneaux de cidre étaient repêchés et montés jusqu’au camp par une corvée de stagiaires désignés à cette tâche. Il faut dire que des corvées il y en avait beaucoup : le camp était divisé en bordées, deux jours par bordées étaient consacrés à la cuisine et à la vaisselle (je vous jure que faire la vaisselle pour une centaine de personnes, en plein air et la nuit (froide et ventée) est une expérience inoubliable); un jour était consacré aux « grands travaux » d’entretien de l’île (une légende disait que les grands travaux en question consistaient à remettre à sa place initiale un tas de cailloux que le stage précédent avait déjà déplacé de sa position initiale); les latrines étaient de petites cabanes en bois stabilisées par des haubans (beaucoup de vent) percées d’un trou au sol et posées sur une fosse creusée dans le sable de l’île et sans portes mais avec vue sur la mer (on appelait ces cabanes des Cunégondes et la première tâche d’un stage arrivant était de creuser de nouvelles fosses, reboucher les fosses précédentes et déplacer les Cunégondes du stage précédent sur les nouvelles fosses); enfin un jour était consacré au « quart de sécurité » qui consistait à surveiller toutes les opérations de navigation de l’île et à aller vider les ordures bio-dégradables au large (à la rame bien sûr).

Nonobstant ces petits défauts, on apprenait sérieusement à naviguer aux Glénans, et aussi on apprenait la vie en réclusion sur un bateau avec les autres (l’enfer c’est les autres).

Et donc c’est aux Glénans en 1974 que j’ai fait la connaissance de Jean-Pierre Abraham. Il était mon chef de stage. C’était un grand type sec aux cheveux ras qui n’avait aucun, mais absolument aucun, sens de l’humour. Je crois que je l’avais impressionné puisqu’il avait dit de moi que j’étais « la personne la moins apte à l’effort qui lui avait été donné de rencontrer ». Un cossard inapte comme moi il n’en avait jamais vu. Il faut dire qu’à cette époque j’étais profondément allergique à toute autorité et que je trouvais les méthodes de l’encadrement proches du fascisme, ce qui m’entraînait à en faire le moins possible et à les mépriser (l’encadrement) hautement. J’étais un petit con, en deux mots. Plus tard j’ai lu les oeuvres de Jean-Pierre Abraham et j’ai apprécié sa prose quoique en la trouvant assez emmerdante au bout d’un moment.

Journal de confinement (jour 2)

Ma rue en période de confinement

J’ai connu un gars qui était gardien de phare : François Jouas-Poutrel. Il était gardien aux Roches-Douvres, un phare loin de tout entre Bréhat et Guernesey. Il m’a raconté qu’au phare il fallait tout faire avec lenteur et application : le nettoyage (constant), la cuisine, la pêche, l’observation de l’océan, les travaux de peinture, les relevés météo, les vacations radio avec le continent, la surveillance et le maintien en bon état de marche du phare et de la lentille. Le mieux était d’éviter les conversations pouvant être polémique avec le partenaire au phare (ils étaient toujours deux). Il passait, paraît-il, des heures à contempler la mer, à noter le passage des bateaux au loin, à observer les menus changements d’aspect de la surface de l’océan. En plus François est peintre et dessinateur et il passait beaucoup de temps à peindre. Et ce, pendant quinze jours de rang (au moins, en cas de mauvais temps il arrivait qu’ils ne puissent pas être relayés à l’issue de leur garde).

En ce moment nous ferions bien d’appliquer les pratiques des gardiens de phare.

Finalement, je n’ai pas eu à sortir pour acheter du pain, j’ai un boulanger qui passe en camionnette en vendre chaque jour, devant chez moi !

Ce matin il y avait beaucoup de circulation sur la quatre-voies, sur la rive gauche de la Maine. Mais mon quartier est bien calme.

Ne nous faisons pas d’illusion, à mon avis le confinement est là pour durer bien plus qu’une quinzaine de jours. Ce que la plupart d’entre nous n’ont probablement pas encore réalisé est que l’épidémie ne va pas se calmer en quinze jours, il va falloir au moins un mois pour constater les premiers résultats et probablement deux autres mois pour fléchir franchement. Il est largement admis que chaque pays doit « aplatir la courbe »: c’est à dire imposer que nous ayons le moins de contacts possibles pour ralentir la propagation du virus afin que le nombre de personnes malades à la fois ne cause pas la saturation du système de santé et que nous ayons moins de mortalité par défaut de soins. Mais aussi il est admis que la pandémie doit durer, à un faible niveau, jusqu’à ce que suffisamment de personnes aient eu le temps de contacter le virus et d’en être guéri ou qu’il y ait un vaccin. C’est ainsi qu’on construira une immunité de masse qui nous protégera du virus. Le confinement permettra d’aplatir la courbe et d’éviter des morts, mais il ralentira la constitution de l’immunité de masse. Donc le confinement va durer, à mon avis jusqu’à l’été, autant s’y préparer.

Journal de confinement (jour 1)

La Maine à Angers (2020)

Soudain, à un peu plus de midi, plus aucun bruit de ville. Le calme complet. Un calme étrange et un peu flippant. Un silence comme à la campagne. Plus de bruit venant de la quatre-voies sur la rive de la Maine en face, plus de bruits venant des habitants de la rue, plus de passages de vélos ni de piétons, plus de bruit du tram dans le lointain. Et puis un peu plus tard quelques cris de mouettes, le grincement familier des pies qui nichent dans les platanes au bord de la Maine. C’est tout.

Je ne suis pas sorti de chez moi, mettant mon compteur de contact à 0 pour aujourd’hui. Quelques bavardages avec mes collègues sur Skype (tout le monde est en télétravail à domicile) et un peu de travail quand même.

En fin de journée grand beau temps. Un peu envie de sortir pour aller au bord de la rivière prendre un peu l’air.

Demain il faudra que je sorte pour aller à la boulangerie acheter du pain. A cet effet j’ai rempli ma première attestation de déplacement sur mon iPad avec l’application Document. Si je me fais contrôler je sortirai mon iPad pour montrer mon attestation.

Aucun signes grippaux.

Distanciation sociale

L’incroyable efficacité des mesures de distanciation sociale contre le COVID-19, expliquées par le blogueur David Louapre :

« Il y a un effet de seuil monstrueux. Pour éteindre une épidémie de façon « naturelle », il faut que le R0 soit sous le seuil fatidique de 1. Alors combien vaut le R0 dans le cas du Covid-19 ? On n’en sait rien exactement. Probablement entre 2 et 4.
Mais comme vous le voyez, cette valeur n’est pas intrinsèque à la maladie, elle dépend de facteurs comportementaux : combien de contacts quotidiens, quelle probabilité qu’une transmission ait lieu.
En adoptant des mesures de distanciation sociale (moins de contacts, se tenir plus loin, hygiène, suppressions des rassemblements et réunions inutiles, fermeture des établissements scolaires, télétravail, etc.), on peut très facilement faire baisser le R0.
Et le point clé ici, est que le bénéfice ne sera pas du tout proportionné à l’effort. Si on en fait suffisamment pour passer rapidement sous le seuil, c’est gagné.
Imaginons que le R0 soit initialement de 2,5. C’est une hypothèse raisonnable pour le Covid-19. Si on arrive à le diviser par 4 on bloque très très vite la propagation de l’épidémie.
Diviser le R0 par 4 est loin d’être inaccessible : cela peut vouloir dire par exemple avoir 2 fois moins de contacts, et faire en sorte que la probabilité de transmission soit divisée par 2 (par une distance plus importante et une attention particulière à l’hygiène.) »